Adam & Eve, au-delà du bien et du mal Adam & Eve, au-delà du bien et du mal

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Israël est le seul pays au monde où l’histoire est enseignée de quatre manières différentes selon que l’école relève du secteur laïc, national-religieux, orthodoxe ou arabe. Ainsi, un même événement aura une signification différente d’un groupe à l’autre.

Jour de l’Indépendance

Ecole laïque

Si l’on prend pour exemple Yom Ha’atsmaout, le Jour de l’Indépendance, dans une école laïque on l’enseignera davantage comme la conséquence du mouvement global d’émancipation des peuples européens au XIXe siècle (et notamment du peuple juif, incarné un temps par Herzl) plutôt que comme la concrétisation des promesses de nos prophètes, lecture que chériront des enseignants d’obédience national-religieux.

Ecole orthodoxe

Par opposition, dans une école du secteur orthodoxe, le Jour de l’Indépendance sera présenté comme un événement strictement sioniste, sans aucune connotation religieuse, même si la déclaration d’Indépendance de mai 1948 y fait quelque peu référence.

Quant à l’histoire enseignée dans les écoles du secteur arabe – et dont les enseignants émargent du ministère israélien de l’Éducation – pour eux, le Jour d’Indépendance est une Nakba, une catastrophe, une destruction.

Ecole arabe

Il est étonnant que cette pluralité de lectures, qui témoigne d’un profond respect des croyances de chacun et d’un idéal démocratique poussé à l’extrême, ne soit jamais donnée en exemple par les grands donneurs de leçons de notre génération, qui tentent de faire croire au reste du monde qu’Israël pratique l’apartheid et autres mensonges aussi manifestes. Mais la question n’est pas là.

Cette pluralité d’interprétations pose un problème de taille : existe-t-il une vérité historique – ou sommes-nous réduits à nous aligner sur la vérité du plus fort ?

Quelle vérité ?

Adam & Eve

Pour Eden et Ilan Chouraki – couple francophone habitant depuis 12 ans en Israël – la réponse est simple : pour voir clair dans les méandres et les tribulations de l’Histoire, qu’elle soit contemporaine ou plus ancienne, il faut repartir du commencement, c’est-à-dire d’Adam et Eve. Selon eux, le récit de la Genèse et ses premiers personnages (qui, pour le lecteur religieux, ne relèvent pas du domaine de la mythologie, mais de l’Histoire, au sens le plus strict) contiennent toutes les clés pour comprendre les quelques milliers d’années où l’homo sapiens s’est démarqué de son soi-disant ancêtre darwinien pour accéder à ces qualités qui fondent le statut d’homme : la responsabilité, le libre choix, et l’obligation d’assumer les conséquences de ses actes.

Pour nous résumer, l’histoire humaine commence avec trois personnages : Adam, Eve et le Serpent. Dans les coulisses se tient le Grand Metteur en scène, le Maître de l’Histoire. Comme dans certaines pièces de théâtre d’avant-garde, les acteurs pourront improviser. Seule consigne : s’en tenir à une règle stricte, un interdit – et on sait comment celui-ci fut transgressé et qui fut l’initiateur de cette transgression...

Les 216 premières pages du livre (qui en compte 405) d’Eden & Ilan Chouraki sont consacrées au comment, au pourquoi et aux conséquences pour toute l’humanité de cet égarement qui conduisit le couple primordial à se voir exclure du paradis premier pour atterrir dans notre monde réel, matériel, codé, complexe et dangereux. A partir de là ce couple d’auteurs nous entraîne dans «6000 ans d’actualités», jusqu’à cette certitude, qui n’est plus un pressentiment : le retour d’Israël sur sa terre est bien autre chose que la réalisation d’un idéal nationaliste, l’accomplissement d’une prophétie. Il dépasse de loin la seule idéologie sioniste et n’est en rien une nakba, une «catastrophe».

Retour du peuple juif

Adam & Eve, au-delà du bien et du mal - 4e de couv

Le retour du peuple juif dans son lieu et sur sa terre est une invitation adressée à toute l’humanité de retrouver ses racines spirituelles. Libre aux nations de la comprendre ou de s’y opposer. Naturellement, pour les peuples, ce retour remet en question leurs croyances qu’ils croyaient millénaires. Certains, qui s’accrochaient au fils unique et présumé de D.ieu, viennent de lui découvrir un grand frère. Pour d’autres, qui ne savent pas comment faire valoir les droits de leur ancêtre qui s’est vu chassé de la table d’Abraham, le recours à la violence extrême tient lieu d’argument face à l’aveuglante vérité : à savoir que le Metteur en scène a décidé de les exclure du casting initial.

Quant aux deux personnages principaux, chargé de piloter le retour des nations, loin de se délecter de l’élection qui les caractérise, ils feraient bien, nous disent les époux Chouraki, de prendre toute la mesure de sa responsabilité. Ils ont plusieurs ennemis : outre la fâcheuse tendance à faire mieux que les peuples qui ont tenté de les soumettre et le poids de mauvaises habitudes héritées de 2000 ans d’exil, ils doivent composer avec toutes les incarnations du Serpent, qui se nomment Inquisition, pogromes, Staline, Hitler, déportations, Shoah,  Ahmadinejad, etc. Les auteurs nous assurent qu’à la fin des temps, le Serpent finira par comprendre le rôle infect qu’on lui fait jouer et se dévêtira de son costume d’écailles...

En attendant, l’ouvrage d’Eden & Ilan Chouraki, publié à compte d’auteur, témoigne qu’une lecture authentiquement juive de l’Histoire est possible, et que tous comme chacun – du plus humble kibboutznik [1]  jusqu’au plus riche héritier des quelques dizaines de familles israéliennes dont la presse évoque régulièrement les frasques – tous ont un rôle à jouer. Dernière précision : si leur livre traite un sujet fondamentalement sérieux, il ne manque ni de bons mots ni de profondeur, et ses trouvailles d’écriture réveilleront le plus blasé. Et quand ils s’apprêtent à nous dévoiler une vérité qui dérange, c’est sur le mode de l’humour.

[1] NDRL : Habitant d'un kibboutz, ferme collective

@ Yaakov NEEMAN pour TEMPS et CONTRETEMPS

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Ce livre est présenté sous forme d'essai. Il est donc une réflexion personnelle, et par conséquent subjective, développée sur l'enseignement de nos rabbanim à travers leurs cours sur internet, leurs livres et leurs conférences. En tant qu'Essayistes, nous sommes restés fidèles à la forme polémique et partisane de ce genre littéraire. L'ouvrage se présente en huit parties et se décompose en 103 chapitres assez courts pour en faciliter la lecture. Vous trouverez en fin d'ouvrage une neuvième partie constituée de la traduction de Béréchit selon RACHI.

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